Jean-Paul Demeusy

Entretien avec le créateur du guide
Jean-Paul Demeusy, mémorialiste, créateur, et éditeur du guide MUSIQUE EN STOCK depuis 1994.Pourrais-tu nous résumer ton étonnant parcours dans le monde de la musique ?
Je devais avoir 8 ou 9 ans que j’écoutais déjà de la musique latino (cha cha cha, mambo, rumba), mon père ayant beaucoup voyagé avait ramené de quoi "écouter".Puis ce fut les disques de mon grand frère (Eddie Cochran, Chuck Berry, les Rolling Stones) que j’assimilai rapidement pour "m’émanciper" avec de la soul music (Otis Redding, Wilson Pickett, Rufus Thomas, Booker-T, ou Isaac Hayes). Dans mes souvenirs, beaucoup de chansons sont liées à des images précises de mon passé, à l’instar des films historiques illustrés par de la musique «d’époque». De la théorie à la pratique il n’y a qu’un pas dit-on. Il fut franchit très rapidement. Ayant acheté une guitare basse, puis une batterie, j’ai rapidement et définitivement choisi la batterie, et ceci pendant plusieurs années. Ayant appris les rudiments de cet instrument grâce au jazz, je passais assez rapidement au rock avec mon tout premier groupe «Hexagone» et comme son nom l’indique, c’était du rock en français. Puis de 1977 à 1985, ce fut différents groupes rock, dont certains très punk avec des compos perso, mais aussi des reprises de groupes tels que les Skrewdriver, les Saints ou les Clash, c’était en 1977 et 1978. En 1979 changement de rythme et de groupe avec les New Blue Caps (1 45t. classé premier au hit-parade des indés du mensuel BEST), et passage quasi obligé au célèbre Golf Drouot à Paris en 1981, à quelques semaines de sa fermeture définitive.
A la même période les radios libres succédaient aux radios «pirates». Je fus animateur à Strasbourg Contact puis surtout à RBS alors située rue du Ballon dans la Maison de Quartier de Neudorf. Je réalisais le premier hit-parade des groupes locaux avec interviews en direct et pour certains, concerts live (émission Juke-Box de 1982 à 1984). En 1985 les radios libres devenaient radios privées. Je passais avec une bande de fans de BD et de rock garage, dont Marsu, le créateur d’un des premiers labels alternatifs français Bondage, a plusieurs aventures fanzinesques (Peek-A-Boo, puis Fever) qui ne durérent que quelques mois.
A cette époque le club «Le Bandit» était l’endroit vraiment rock de la ville de Strasbourg, j’y ai joué plusieurs fois, j’y ai organisé mon premier concert (les Hot Pants en 1984, avant de devenir par la suite La Mano Négra), mais j’ai surtout assisté à des concerts mémorables de groupes au top niveau (il faut dire que le rock était à son apogé) il y avait aussi plein de caf’conc, de salles municipales (la Bourse, le Palais des Fêtes, la salle de la Marseillaise, le Fossé des Treize...) ou on pouvait vraiment s’éclater. Je commençai à organiser des concerts tout d’abord au Café des Anges (les « dimanches rock » de 1987 à 1994) et dans d’autres lieux comme le Fossé des Treize (dans l’ancienne salle désormais occupée par le Crous), en alternance avec l’association Molodoï, la salle de la Bourse, puis plus tard le café-musique «Haute-Chose» à Hautepierre, le Hall 14 et 15 au Wacken et même à Kehl en Allemagne, à Gérardmer dans les Vosges et à Sarreguemines en Moselle. En tout près de 250 concerts avec la participations de groupes et artistes de renommées nationales et pour certains internationales (Roadrunners, The Inmates, Dr.Feelgood, The Fleshtones, Royal Crew Revue, Livin In Texas, The Meteors, Frantic Flintstones, Batmobile, The Quakes, Mad Sin, Ludwig Von 88, Les Maniacs, Les Scamps, Happy Drivers, Les Sheriff, Les Thugs, Parabellum, Passion Fodder avec Théo Hakola, Les Soucoupes Violentes, Les Têtes Raides (à leurs débuts), B.S.A., Marc Minelli, Les Ejectés, Molodoï, La Strada, Parkinson Square, Dum Dum Boys, Les Spécimens, PKRK, King Size, Skarface, Double Nelson… sans oublier les meilleurs formations locales (Jimmy Bock, The Famous Jane, Superfreak, Leo Parleur, Screaming Kids, Anechoïc Chambers, Ladazz, Scum Boys, Pacemaker, The Shortnin’Breads, Les Souteneurs, Kap’tain Cavern, Jacques et les Troncs, Sylvain Blues Box, Redrum’s, Green Jaw Cathy, Les Rollmops, Sombre Héros, Rou Dou Dou, White Kat’s, Septembre, La Nuit Venue, Rock In Chair, Satin Doll, Los Culos, Les Sales Gosses, Crimson Dynamo, Toy, October, Les Marauders, Sigisbert IV, Freeze II, Blue River, Alcid Poppers, Sol Angel, Schweppesmen, Bande de Nazes, Jane X Band, Les Voyageurs Temporels, Flagrant Délire…)
J’ai également organisé sur Strasbourg les «Bourses aux disques» de 1988 à 1993 au Palais des Fêtes et à la salle de la Bourse (c’était déjà le début de la fin de l’âge d’or pour le disque), puis toujours à Strasbourg, organisation de deux salons consacrés aux instruments de musiques d’occasion. Ce fut un très beau succès, mais devant la fronde de certains commerçants (je fus même convoqué à la Chambre de Commerce) je décidai d’arrêter ce genre de manifestations. A la même époque j’occupai la fonction de manager de deux groupes, qui firent beaucoup parlés d’eux. Tout d’abord les Screaming Kids * qui donnaient dans le néo-rockab déjanté dévastateur (1 CD sorti en 1990 sur le label UK Nervous Records - distribution française : Média 7 - 20000 ex. vendus - * reformation des Screaming Kids en 2007 ), peut-être le seul groupe «de rock alsacien» à avoir joué en festival (Hamsby) en Angleterre. Puis le groupe franco-allemand Scum Boys avec leur son de bombardier dans un style fusion-déjantée éclatée (4 CD), ces deux groupes hormis leurs succès respectifs auprès d’un public très nombreux acquis à leur cause à chacun de leurs concerts (même loin de leurs bases), avaient remportés chacun les «Découvertes du Printemps de Bourges». Les Screaming Kids en 1990, et les Scum Boys en 1993.
En 1994, (après plus d’un an de recherche) je réalise la première monture du guide Musique en Stock (grâce à la Ville de Strasbourg). Guide consacré alors uniquement à la musique actuelle à Strasbourg et dans la CUS. Depuis régulièrement tous les deux ans sort une nouvelle édition, accompagnée depuis peu d’un CD audio compil’ promotionnel (La Saga du Rock en Alsace) de groupes et artistes régionaux (« Bruit et Fureur » Vol.1 en 2003, et « Vent d’Est » Vol.2 en 2005.
En 1995, je fus mandaté comme directeur artistique pour choisir six chanteurs (ses) de la région pour composer le CD «Pour un nouveau départ», disque contre l’exclusion, et parrainé par Alain Bashung, avec en ouverture une chanson de ce même Bashung. En 1997 avec Michel Torrès, nous créons le label associatif «Big Bang Records» (avec sortie nationale du CD du bluesman Franck Ash chez Night and Day). Depuis 1998, je suis correspondant local (section jazz, blues, gospel, latino, électro-jazz et musiques improvisées) de l’IRMA, le Centre d’Informations et de Ressources pour les Musiques Actuelles, basé à Paris.
Mon contact : http://myspace.com/musiqueenstock
Interview réalisée par Patrick Cheutin (Music Prod.) à Genève le 18 mars 2006.